Théâtre et Société...

Théâtre et Société : l’attelage n’a en soi rien de surprenant.
 
Dès son origine, le théâtre  a partie liée avec la Cité,  la Cité avec le théâtre, dans la pleine conscience d’un collectif qui se donne à voir, se représente pour mieux s’appréhender.
Si depuis l’Antiquité, le dialogue entre théâtre et société s’est décliné de bien des façons, il ne s’est jamais rompu. Aujourd’hui, le paysage politique, les conflits, le contexte socio-économique, la « crise », la précarité, les injustices sociales dessinent un horizon lourd, pressant qu’on ne peut imaginer étranger aux préoccupations des artistes.
 
Comment raconter le monde, la société ? Pourquoi décrire ce que l’on voit, ce que l’on entend, ce que l’on apprend ?
Pour interroger le monde tout d’abord, ses remous, ses convulsions, sa quotidienneté et son apparente banalité aussi. Pour y prendre part et en comprendre, autant que faire se peut, ses ombres, ses zones opaques, sa multiplicité.
Témoigner, raconter, montrer. 
L’image est reine dans notre société mais qu’en est-il du regard ? Du regard que nous portons, du regard qui témoigne, du regard qui interroge ?
Porter un regard sur la société, s’emparer, en tant que témoin, acteur, des questions qui la traversent, la travaillent, c’est ce qui a fondé, en quelque sorte, l’acte de naissance du collectif Via Nova.
Avec le spectacle  sur le génocide rwandais, Le Secours étranger arrive quand la pluie est passée, la compagnie s’est engagée dès mars 2010 dans une démarche artistique qui interroge les grands conflits meurtriers, les responsabilités politiques, la question des identités, les drames individuels qui s’y jouent. Aujourd’hui, trois ans plus tard, c’est le génocide arménien que le collectif approche et questionne.
 
Au-delà des conflits armés, le monde résonne aussi de ses catastrophes,  ses dysfonctionnements, ses tiraillements, ses injustices qui  font entendre ce que nous sommes, où nous en sommes, où un certain ordre du monde semble nous forcer à nous tenir. Ces bruits terrifiants, assourdissants ou parfois presque inaudibles, nous voulons les saisir, les entendre parce qu’ils sont nôtres et qu’ils signent un certain état du monde, de nos sociétés et de nous-mêmes.
Le drame de Tchernobyl mais aussi  les politiques sécuritaires, la souffrance au travail, la vieillesse et son image dans la société d’aujourd’hui, et encore, l’image de l’Autre, le voisin, invisible ou méconnu…, autant de fenêtres par lesquelles la compagnie Via Nova veut voir et donner à voir des réalités qui nous constituent, aujourd’hui en tant qu’individus et citoyens, c’est-à-dire parties intégrantes et parties prenantes du collectif, de la Cité. A ce titre, agis par elle et agissant pour elle.
 
Mais pas un théâtre de prévention ou un théâtre thérapeutique, pour autant.
Pas un théâtre opportuniste qui surferait sur les  misères du monde.
Du théâtre avant tout.
 
Un théâtre qui questionne la place de l’art dans la société, le quartier, l’école.
Un théâtre qui va à la rencontre, qui suscite l’échange à travers débats, ateliers de jeu, d’écriture.
Un théâtre inventif dans ses formes et son rapport aux spectateurs.
Un théâtre toujours exigeant, aux forts enjeux artistiques et poétiques.
 
Du théâtre avant tout.