SYBILLINES

 

 

« C'est vers les grecs que nous nous tournons quand nous en avons assez de l'imprécision, [et] de la confusion [...] de notre propre époque » ?

 

Virginia Woolf

 

 

 

 

 

 

 

On n'échappe pas à la mythologie.

Cassandre, Hélène, Antigone, Œdipe. Nombreux sont les parallèles, les échos de ces figures mythologiques dans nos préoccupations contemporaines: leur histoire rejouée au théâtre ; leurs traits de caractère, cités comme des éclats de notre psychisme.

 

Si les histoires mythiques des dieux et des hommes sont vivaces, c’est sans doute la preuve de leur pertinence à décrypter nos existences rien qu’humaines. Par une forme d’universalité, leur relecture nous permet cette mise en perspective, ce recul nécessaire pour appréhender le monde et de penser la condition humaine.

 

Qu’en est-il des femmes ? On ne peut pas dire qu’elles aient bonne presse dans la mythologie grecque : entre Pandore et sa boite maudite, et Clytemnestre et sa vengeance sanguinaire, on ne sait que choisir…

 

Elles focalisent toutes les ambitions, les exagérations, les prétentions, les volontés de puissance et de pouvoir des hommes. Les désirs qu’elles suscitent provoquent et déclenchent les passions les plus exacerbées : perdre une femme crée une crise politique et/ou psychologique qui dépasse toute raison. Même leur beauté engendre souffrances, malheur, désastre et mort.

 

Nous ne sommes pas dans un monde raisonnable alors pourquoi la mythologie le serait-elle ?

 

Il est bien peu question d’amour car les enjeux qui transparaissent dans les conquêtes des femmes relèvent de la virilité, de l’honneur, de la force, du pouvoir. Ainsi, les figures féminines ont un rôle essentiel. Elles sont les signes de l’accès à l’humanité.

Dans les poèmes homériques, c'est d'ailleurs la femme qui transforme le héros en être humain; et elle le fait à travers l'amour : l'amour féminin dans toutes ses nuances – de la jalousie à la sagesse, de la cruauté à l’altérité.

Et bien sûr, c’est l’époque qui veut ça, lorsqu’elles prennent un rôle décisionnaire, quand elles agissent, elles se comportent comme elles ne devraient pas - Antigone, pour ne citer qu’elle, dans la résistance qu’elle oppose à la loi des hommes devient elle-même monstrueuse.

Elles sont pourtant lumineuses, ces figures de femmes - sorcières, reines, prêtresses, elles suscitent l'admiration et la peur pour la puissance et la compétence de leurs esprits. Ces êtres redoutables refusent de demeurer inertes, passives et soumises en face de l'injustice qui leur est faite, mais se servent, pour se venger, de la supériorité de leur pouvoir intellectuel. Par le meurtre, le suicide, l'infanticide, les femmes du mythe recouvrent leur voix. Leurs faiblesses, leurs amours, leurs fragilités, leur regrets : c’est là leur puissance.

Elles sont là, reines, mères et filles, sœurs et épouses, amantes ou solitaires, amies : toutes les femmes qui habitent en nous chaque jour– et que les femmes d'Homère savent incarner à la perfection. Ces femmes, c'est nous dans notre totalité.

Lors de notre résidence de création, nous explorerons donc ces figures féminines, en laisserons de côté, bien sûr, pour ne garder que celles qui résonnent subtilement en nous, en interrogerons leurs reflets contemporains, en esquisserons le portrait-forcément subjectif, au travers différentes formes d’écriture, et aboutirons à la naissance des Sibyllines.

 

Laissons-les chanter leurs secrets à nos oreilles…

Laissons-les se révéler.

 

D’après les textes anciens et notre écriture contemporaine

 

Mise en scène : Juliette Delfau

Avec (distribution en cours)

Soutiens : Quai de Scène, Ville de Saint-Chamond, Département de la Drôme, Région Auvergne Rhône-Alpes